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Les Proies de Sofia Coppola au Max à partir du 23 août

Les Proies avec au casting  Elle Fanning, Kirsten Dunst, Nicole Kidman et Colin Farrell, a été présenté en Sélection à Cannes en Mai dernier.  Les Inrock ont aimé le film ...

"Le film est adapté du même roman qu’un film très prisé de Don Siegel (Les proies, 1971) dans lequel Clint Eastwood, soldat nordiste blessé durant la guerre de Secession, était recueilli et soigné par les occupantes (profs et élèves) d’un pensionnat de jeunes filles. Le film incarnait un sommet de “male gaze”, expression forgée par la critique féministe américaine pour désigner un cinéma fondé sur une perception purement masculine du monde. Le corps à la fois dominant et affaibli, érotisé et supplicié du soldat Clint Eastwood soulevait chez ses hôtes un désir qui leur était jusque là inconnu et les prudes pensionnaires devenaient des ogresses. Le déchaînement du désir féminin était un objet de terreur (et d’un tout petit peu de sarcasme).

Le film de Sofia Coppola inverse le point de vue. La cinéaste filme l’affairement de la petite maisonnée autour du corps intrus (Colin Farrel) comme un long frémissement de gourmandise. Au départ, il y a l’envie de toucher, de froler, de frotter les épidermes (très jolie scène où Nicole Kidman éponge les abdos, le pubis et les cuisses de Colin Farrel en tâchant de contenir sa pamoison). Puis en chemin, la gourmandise mute. Au baiser succède la morsure. Au désir de choyer sa poupée mâle succède l’envie de la démembrer.

Le puritanisme, c’est toute la question du cinéma de Sofia Coppola. De Virgin suicides aux Proies, elle s’intéresse aux désirs empêchés, à la façon dont ils se transforment en violence (contre soi ou les autres). Mais le puritanisme, c’est aussi ce qui définit de façon plus souterraine toute sa manière de cinéaste, sa façon de déplacer la jouissance dans toute autre chose que le corps (les tissus, les lumières, la jolie décoration, et ici en l’occurence un impressionnant travail de clair-obscur à la bougie). Les scènes de sexe sont très vite esquivées, la scène d’amputation ellipsée. Tourner autour (du sujet, de la chose, de ce à quoi tout le monde pense), c’est la forme musicale entêtante du cinéma de Sofia Coppola : celle d’une ritournelle de petite fille angoissée, proférée ici de façon un peu moins suave, un peu plus anxieuse."

Jean-Marc Lalanne (Les Inrocks)